RESEARCH

 


 

Recherche sur la production de formes à l’ère numérique & ses implications sur le travail

  1. Thématique générale
  2. Renseignement sur le projet de recherche   
  3. La problématique
  4. L’objet de la recherche
  5. La méthodologie et son développement – Durée de la recherche
  6. Les actions déjà réalisés
  7. Bibliographie
  8. L’équipe du programme
  9. Les partenaires

1- Thématique générale

Computer Science is no more about computers than astronomy is about telescope.

E. W Dijkstra

L’idée du programme de recherche synthetic est née à l’école des Beaux Arts du Mans (ESBA TALM Angers, Le Mans, Tours). Initié par Felix Agid et Christian Morin, tous deux engagés depuis plusieurs années sur des problématiques liées au tournant majeur qui touche le domaine du design : l’usage de l’ordinateur comme ensemble des dispositifs assistés par la computation, qui dominent concrètement les pratiques et les modes de productions de savoirs dans les sociétés technologiques : ce qu’on appelle communément désormais le computationnalisme [1], ou le tournant computationnel. De part la généralisation à la fois personnelle et collective de l’usage des ordinateurs et des systèmes de production associés, le numérique apparaît aujourd’hui comme le moteur quasi unique de la convergence des pratiques[2]. Et parce qu’il gouverne la quasi totalité des dispositifs de production industriels et cognitifs, le numérique joue le rôle d’intégrateur des champs.

Les enjeux liés à la production numérique dans le design ne peuvent donc servir uniquement l’idée de technique adaptée ou embarquée : en tant que complexe technologique global, c’est dans les croisements effectifs entre usages pratiques, connaissances abstraites, jeux sémantiques et langagiers, et nouveaux paradigmes organisationnels de la production que l’ampleur pédagogique (parce qu’avant tout théorique et philosophique) se révèle dans sa globalité.

L’ordinateur n’est pas un outil et n’est pas un moyen. Son impact s’étalera sur plusieurs siècles. Ce qu’il provoque, du point de vue de l’importance philosophique et épistémologique est comparable à une combinaison entre l’imprimerie de Gutenberg et la loi de la chute des graves de Galilée.

Croissance exponentielle de la puissance de calcul entre 1900 et 2100 : comparaison avec les capacités de calcul chez l’homme, « tous » les hommes, un rat, et un moustique.. Source : Kurzweil, R, The Singularity is Near: When Humans Transcend Biology, NY, Viking Penguin, 2005, p 70

Ce thème de recherche, qui a prit pour des raisons variées le nom de synthetic, doit bien sûr être borné sur le plan théorique. Il apparaît précisément à l’endroit où les recherches sur l’impact des modes de production numériques sur le design et l’architecture se trouvent souvent teintés d’idéalisme, voir de moralisme : pour preuve les discours institutionnalisés sur les Fablabs[3] et une bonne partie de la pensée tournant autour de l’autoproduction[4].

Un des aspects déterminants dans l’idée de création de cette unité de recherche serait, à travers des expériences collectives (workshops, colloques, publications, constructions), de chercher à dissoudre cet idéalisme (qui s’accompagne souvent d’une fascination pour l’élément technologique en soi), et de percevoir les effets concrets de l’ordinateur sur les formes de production du design et de l’architecture : sur le travail et son organisation, sur les coûts de production et de distribution, sur la vitesse des transferts (informations, produits, environnements, transactions), et, bien qu’il s’agisse d’un aspect plus difficile à cerner sur un laps de temps court: sur les formes symboliques émergeantes de cette écologie productive computationnelle[5].

 

2- Renseignement sur le projet de recherche

En observant les liens caractéristiques entre l’industrie et le design du 20ème siècle, nous identifions la séparation de plus en plus précise entre les processus de production à l’usine et la réalisation sur site (ou comment les problématiques liées à la préfabrication ont découlé sur des innovations technologiques fondamentales, tant du point de vue des outillages que dans l’organisation de la production). Aujourd’hui, en poussant plus loin l’observation, nous constatons que la construction tend vers une automatisation radicale, réduisant toujours davantage la quantité de gestes humains nécessaires, le travail, et qui en s’associant à une domestication poussée de la fabrication et à une restructuration des principes organisationnels de production, redéfinissent les enjeux de la pratique et toute la théorie du design. Synthetic aborde de biais la diminution inexorable des besoins en travail humain pour ce qui concerne la grande majorité de la production de biens et d’environnements. Nous savons la cause de cette donnée : l’ordinateur en tant que machine universelle, et sa capacité d’intégrer tous les segments des savoirs orientés vers la fabrication. Et si la robotisation de la production n’est pas un phénomène nouveau dans l’industrie des biens, il reste au design global au sens large d’en subir complètement ses effets, quitte sans aucun doute à bouleverser l’écriture des formes et le langage du design et de l’architecture, et sans se voir asservi au strict process de fabrication et à son économie. Synthetic souhaite questionner cet état de fait, en pointant notamment les bouleversements de la pratique du design provoqués par des concepts banalement technologiques tel que: automatisation, robotisation, BIM, computationnel design, design collaboratif, écologie computationnelle, e-factory, file-to-factory, rapid manufacturing, rapid prototyping, simulation, etc.

Productivité de la construction et de l’industruie automobile aux Etats Unis entre 1991 et 2000 (source : Euroconstruct, Eurostat, ACEA) ; Nombre de robots industriels C.Balaguer et M. Abderrahim, Trends in Robotics and Automation in Construction, University Carlos III of Madrid, Spain, 2007

Le projet de recherche Synthetic cherche le partage des compétences techniques, des connaissances théoriques, et des ressources matérielles, engagés dans une réflexion globale sur les enjeux de la construction de formes à l’ère numérique.

Synthetic propose de réunir plusieurs acteurs (académiques, scientifiques et industriels), et d’aborder avec eux la question du design sous l’angle de l’automatisation et de la robotique d’une part ; et de la science des matériaux avancés d’autre part ; et enfin sous l’angle des neurosciences computationnelles.

Synthetic vise une approche constructiviste de la production de forme.

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 [1] Le terme est apparu dans le domaine du design pour la première fois en France à l’occasion de l’exposition « Architecture au-delà des formes, le tournant computationnel»,  Maison de l’Architecture et de la Ville de Marseille, Février-Avril 2077, Commissariat : Philippe Morel

[2] Le terme de « numérique » est aujourd’hui une base commune pour un large pan de la pensée acritique sur la technologie autonomisée et son impact sur les activités, et il ne permet pas de rendre compte du changement radical que l’ordinateur provoque sur la totalité de la production. Dés qu’il est associé à une vision de l’ordinateur comme outil, le terme « numérique » se dissout d’un point de vue conceptuel. Nous lui préférons largement le terme« computationnel ».

[3] Un événement récent comme le FABFEST démontre que si on admet volontiers l’autonomie de la sphère numérique sur le plan global, ainsi d’ailleurs que la domination de cette sphère sur l’ensemble des activités (agricultures, industries, services), on ne s’attache souvent qu’à relever ses implications dans le domaine culturel, y voyant un « espace permissif où l’on explore les possibles reconfigurations des systèmes en place, afin d’enrichir la création et la démocratie », et ou la « place de l’artiste » est le vecteur de modifications sociales plus profondes que « la chose numériques elle-même ». Source : http://fabfest.fr

[4] Pour Véronique Fayet, adjointe au Maire de Bordeaux, « l’autoproduction » peut sans contradiction, suivre le chemin des organes ou instances de décisions classiques (états, régions, promoteurs), mais surtout, elle ne peut s’envisager qu’en tant que « surplus » productif, ou à côté des modes classiques de valorisation et de production : « Qu’elle soit dans le domaine du jardinage, du logement, de la mécanique, de la couture … ou autre, l’autoproduction est toujours un chemin d’autonomie et de revalorisation de soi. ». Dans : L’auto réhabilitation du logement en pratique, 2006. Source : http://www.rue89.com

[5] Nous entendons formes symboliques dans le sens le plus usuel, celui que Panofsky trouvait chez Cassirer, et qu’il identifiait dans la formation de la perspective : « « un contenu signifiant d’ordre intelligible s’attache à un signe concret d’ordre sensible pour s’identifier profondément à lui », Panofsky, E. La perspective comme forme symbolique, Les Editions de Minuit, Paris, 1975, p.78

 


3- Problématique

Sur la robotique : Quelles formes à l’heure de l’automatisation dans le design ? La diminution inexorable des besoins en travail humain dans la production industriels (objets / environnements) : quelles conséquences sur les formes ? Quel est l’impact de la robotique sur le design futur ?

Sur les matériaux avancés : Quels sont les liens envisageables, du point de vue du langage et des formes, entre robotique et matériaux avancés (composites – carbone – EPS – nanomatériaux)

Sur les neurosciences computationnelles : Quelles conséquences directes sur la production du design découlent des neurosciences computationnelles (interface cerveau machine / réalité augmenté / réalité virtuelle) ? Quel est l’avenir du design et de la construction parallèlement aux neurosciences computationnelles ?

 


4- L’objet de la recherche

Le dénominateur commun que synthetic veut intégrer dans son corpus de recherche (robotique, science des matériaux, neurosciences) est la question du travail comme forme de valorisation et la question des formes entendues au sens large.

Synthetic veut aborder la production des formes (robotisées ou médiatisées par les interfaces cerveaux machines) sous l’angle de la diminution inexorable du travail dans le spectre de la création de valeur et à terme dans le cadre de l’ensemble de la production du design. Puisque l’objet de recherche de base est la forme construite, les résultats seront à la fois théoriques et d’ordre plastiques ou constructifs (cf. Méthodologie) L’approche économique est indispensable, mais elle doit s’accompagner d’études sociologiques et historiques (histoire de techniques et des sciences dures). L’approche plastique doit être intégrée dans le champ de l’ingénierie.

  1. – Les outillages « logiciels » qui tendent vers une domestication de plus en plus poussée : l’exemple deHAL(Thibault Schwartz) est sur ce point  très marquant.
  2. – Les outils « hardware » (mécaniques, électroniques, robotiques) associés, tel que l’assistance robotisée, la fabrication d’outillages spécifiques (perceuse au fil chaud, robot armé d’une kinect, robot armé d’un bras STL, etc.)
  3. – Les matériaux composites susceptibles d’être usinés, découpés, assemblés par un robot : polystyrène associé au béton / bois associés au béton / fibre de carbone appliquée par robotique / carbone / tous types d’alliages métaux / émergence des nano matériaux.
  4. – Les processus de conception, et de production : le BIM (Building information modelling) ou le paramétrique au sens large, qui reconfigure les standards de production ; la production multi échelle ;  la simulation ; les standards de fichiers (fichiers STEP etc.) ; les standards de machines.
  5. – Le besoin en main d’œuvre qui baisse inexorablement : la valorisation du travail ; le déclin du travail manuel ; le travail sous la troisième révolution industrielle.
  6. – La réalité virtuelle / la réalité augmentée / l’interface cerveau machine / l’interaction 3D au sens large.

5- La méthodologie

– Workshops sous la direction d’un ou plusieurs artistes/enseignants/scientifiques ou invités.
– Conférences en amphithéâtre, films.
– Etudes scientifiques menées en partenariat dans les laboratoires spécialisés d’organismes de recherche ou d’écoles d’Ingénieurs.
– Expérimentations technologiques et réalisations plastiques faisant appel aux nouvelles technologies.
– Travail de recherche personnel des étudiants en atelier.
– Élaboration d’une plateforme numérique, sur le web, pour développer les interactions.
– Voyages d’études
– Événements publics pour l’exposition ou la diffusion des réalisations.
– Publication critique des colloques ayant accompagné et nourri le projet.
– Conception et réalisation d’une édition multimédia (livre & dvd).


6- Les actions déjà réalisées

Workshop  : Synthetic Foam – 2012 (esba TALM / TU Delft / ESAD Valenciennes

« Synthetic 2012 : Foam » est une rencontre entre l’esba TALM (Le Mans, Angers), TU Delft (Delft University of Technology, Rotterdam), et l’ESAD Valenciennes autour d’une expérimentation sur la construction robotisée de grande dimension. Le programme comprenait un workshop en deux phases (phase 1 –  Le Mans / phase 2 – Rotterdam) ; le suivi d’un colloque à Paris (ENSAPM) ; la réalisation d’un film ; la conception et la réalisation robotisée d’un prototype de 5 m x 3m x 3m

Journée d’étude : Computation – Economie – Travail (esba TALM / ESAD Valenciennes)

« Computation, Economie et Travail » s’attachait à décrire les implications de la computation sur le travail dans le capitalisme de la troisième révolution industrielle et à s’interroger sur la façon dont les nouvelles technologies et le design participent d’un renouvellement des modèles. Conférenciers  : Guillaume Pradels (Responsable produits, ABB Robotique France) ; Anselm Jappe (Philosophe et enseignant, théoricien de la nouvelle critique de la valeur) ; Olivier Biencourt (Économiste; Conseiller régional; vice-président de la commission Économie, Innovation, Enseignement Supérieur et Recherche) ; François Delègue  (Un autodidacte de la RepRap) ; Fabien Eychenne (Chargé de projets à la Fing, fondation Internet nouvelle génération) ; Julien Bellanger (Chargé de projet à PiNG  : espace de ressources et d’expérimentation, atelier de  fabrication numérique) ; Laurent Gardin (Maître de conférences, chercheur en économie solidaire, Institut du développement  et de la prospective, Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis)

 Expositions

– « Synthetic  » : 17-24 Mai 2012 : esba TALM Site Le Mans

– “Innovations” : 21 Juin-6 Juillet 2012 : Castle ShlossPark, Paderborn, Germany

– « Foam » : 23 Novembre-19 Décembre 2012 : ESAD Valenciennes

 

 Enseignement intensif : Robotique & Fabrication – trajectoires & outillages (esba TALM, Le Mans)

Cet enseignement intensif voulait, par un protocole expérimental, explorer la question de la fabrication robotisée d’un objet (forme, élément, structure), et la programmation d’une trajectoire associée à la conception d’un outillage spécifique. Cet enseignement s’inscrit dans le cadre de séminaires optionnels proposés aux étudiants de 4ème années à l’esba TALM, Le Mans.

 

Participation et manifestations diverses :

Workshop : Vision Machine (ENSA Paris Malaquais, à l’invitation de Digital Knowledge) Février 2013  :

Thème : Vision machine, traitement algorithmique d’image, urbanisme, robotique, fabrication numérique. Outils : Python / RoboRealm© / Grasshopper© / Robot 6 axes ABB. Initiative et enseignement : Felix Agid et Tristan Gobin. Invitation ENSAPM, Digital Knowledge

Studio semestriel : Kinect & Robotique (ENSCI Paris, à l’invitation de François Brument) 2012-2013

Thème : Robotique, fabrication numérique, interactivité Kinect, algorithmique. Outils :HAL© / Grasshopper© / Microsoft Kinect © / Robot 6 axes ABB. Expérimentation robotisées HAL et suivi de projet : Thibault Schwartz et Felix Agid ; Initiative : Fablab ENSCI (François Brument)

Workshop : Gestes et Trajectoires (ENSA Paris Malaquais, à l’invitation de Digital Knowledge) – 2012

Thème : Robotique, fabrication numérique, interactivité Kinect, algorithmique. Outils :HAL© / Grasshopper© / Microsoft Kinect ©, Robot 6 axes ABB. Initiative et enseignement : Felix Agid et Minh Nguyen – Invitation ENSAPM, Digital Knowledge

Conférences & lectures :

  • Axiomatique et Vision (machine)”, ENSAPM  (F. Agid, Février 2013)
  • Synthetic : Computation et Economie”, ESAD Valenciennes (F. Agid, Nov 2012)
  • Grille et Nuage, y a-t-il un passage par zéro ?  » ENSAPM (F. Agid, Juin 2012)
  • Synthetic ou une forme du computationnel ”,ESA Paris (F. Agid, Décembre 2011)
  • Comment ne pas la jouer discret ”,ESA Paris (F. Agid, Décembre 2011)

7- Bibliographie

Bibliographie


8- L’équipe du projet

Direction Scientifique

  • Felix AGID, architecte, enseignant à l’ESBA TALM / Cofondateur d’EZCT Architecture & Design Research (Paris), intervenant à l’ENSCI Paris, et à l’Ecole Nationale supérieure d’architecture Paris Malaquais
  • Christian MORIN, spécialiste hypermédia / enseignant à l’ESBA TALM et à l’ENSACF, fondateur de Coclico

Equipe de recherche

  • Amaël BOUGARD, web-designer, enseignant de l’esba TALM, le Mans

Comité scientifique

  • Patrick BEAUCÉ, designer, enseignant à l’ESAD Valenciennes
  • Francis MIGUET, Architecte ingénieur, Enseignant chercheur, professeur à l’ENSAN

Collaborations / partenaires

  • Jelle Feringa, TU Delft, Hyperbody Research Group, Rotterdam
  • Philippe Morel, ENSAPM,UCLBarltlett
  • Minh Man Nguyen, architecte, ingénieur, fondateur de WAO, enseignant à l’ESAParis
  • Christian Girard, ENSAPMParis, Digital Knowledge
  • Thibault Schwartz, architecte, développeur, créateur deHALpour robot ABB

9- Les partenaires